26 mai 2007

Plongée au fond des abysses avec Le Scaphandre et le Papillon

Lors de la parution du livre Le Scaphandre et le Papillon, j’avais lu qu’un homme paralysé l’avait écrit en dictant avec sa paupière. Descriptif banal pour ce fait hors du commun qui à l’époque ne m’avait pas incité à la lecture.

Le Scaphandre et le Papillon, c’est l’histoire de Jean-Dominique Bauby, ancien rédacteur en chef du magazine féminin Elle, qui, suite à un accident vasculaire cérébral, se retrouve victime du locked-in syndrome. Entièrement paralysé, il ne peut communiquer avec le monde extérieur qu’avec sa seule paupière mobile. Trouvant un moyen de s’exprimer par une méthode fastidieuse, qui consiste à cligner de la paupière à la récitation d’une liste de lettres par un interlocuteur, Jean-Dominique Bauby a décrit son expérience dans son livre.

Autre média, autre impact. Le livre vient d’être adapté au cinéma par Julian Schnabel. Le film utilise des images simulant la perception imparfaite par l’œil humain, avec ces zones floues et ses distorsions, plongeant le spectateur dans une narration à la première personne. Loin d’être insupportable grâce à un traitement de précision, l’effet obtenu rend perceptible la gêne optique résultant d’une vision limitée à un seul œil.

Le monde aperçu à travers le hublot d’un scaphandre…

Le début du film est une immersion dans l’absurde. Absurdité de la prise de conscience, ironie de l'impuissance. Le corps demeure sourd aux sollicitations de l’esprit. Suivent la panique et le désespoir face à ce monde qui file devant l’être humain, pris en otage par son propre corps. Lorsqu’il parvient à s’exprimer en dictant avec sa paupière, Jean-Dominique confie : « Je veux mourir ».

Puis, la résignation s’installe, l’être humain s’adapte à sa nouvelle situation. La mémoire et l’imagination deviennent les refuges de l’esprit. Défilent à l’écran les souvenirs d’enfance couleur sépia. Les voyages imaginaires deviennent la parade face à l’insupportable. La réalisation multiplie les allégories de l’isolement. Plongée en scaphandre, personnage en fauteuil seul sur un ponton au milieu des flots qui se déchaînent. La solitude surprend par sa totalité : Jean-Dominique Bauby est seul face à la peur mais aussi face à l’humour.

Abrupt et direct, Le Scaphandre et le Papillon confronte le spectateur avec la fragilité absurde de sa propre existence. L’homme cligne des paupières à la manière d’un papillon qui bât des ailes. Les deux sont éphémères… Le parallèle remet en lumière la notion d’universalité.

Enfin, les images sont belles. Le traitement très graphique rappelle que le réalisateur américain est aussi artiste plasticien. Peut-être est-ce pour cette raison qu'on échappe aux raccourcis émotionnels habituels utilisés par des réalisateurs plus classiques.

Une justesse dans ce film immersif à découvrir par les lecteurs de Groins et nœuds.


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2 commentaires:

Sammy a dit…

Très chouette commentaire ; je ne sais pas si j'aurai le temps d'aller voir le film, mais tu auras au moins levé d'éventuelles réticences !

Le livre est vite lu si ça t'intéresse ;-)

Gavrix a dit…

Ton commentaire fait plaisir à lire. J'imagine que les ambiances du livre et du film seront très différentes. Affaire à suivre si Sammy aura le temps.