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15 juil. 2007

La corde raide

« Notre existence se déroule sur deux plans qu’on pourrait appeler la « vie tragique » et la « vie triviale »… Un des malheurs de la condition humaine est que nous ne pouvons vivre en permanence ni sur un plan, ni sur l’autre, mais que nous oscillons entre les deux. Quand nous sommes sur le plan trivial, les réalités du plan tragique paraissent absurdes. Quand nous vivons sur le plan tragique, les joies et les souffrances du plan trivial nous semblent superficielles, frivoles, sans importance… Il arrive que, dans des circonstances exceptionnelles, dans des moments de danger ou d’exaltation, on se trouve pour ainsi dire à la ligne d’intersection des deux plans ; situation curieuse qui oblige à marcher sur la corde raide du système nerveux. Il est un type d’homme condamné à marcher constamment sur cette corde raide : c’est l’artiste et, particulièrement, l’écrivain. »

(extrait de Arthur Koestler - Le Yogi et le Commissaire)

5 juin 2007

Poésie de geek

La semaine se poursuit difficilement et Gavrix gît devant son écran, cliquant péniblement sur la souris, tapotant vaguement sur le clavier. Est-ce l’enthousiasme des beaux jours ?

A un moment imprécis de son inaction créative, Gavrix se retrouve dans un état hypnotique face au clignotement de la trucbox. Etat qui finit par plonger Gavrix dans une réflexion profonde sur la nature des choses et sur le devenir de l’homme.

La connotation philosophique de cet article va atteindre son paroxysme dans quelques lignes car Gavrix a remarqué que même les écrivains à éditeur se sont penchés sur la question bidulebox. A l’instar de Jean Clair dans le Lait noir de l’aube (acheté sur un coup de tête suite à la visite du blog de la république des livres et traînant depuis à divers endroits de la tanière de Gavrix).

Voici donc l’extrait :

« La petite boîte blanche au format d’un livre qui relie mon ordinateur au réseau Internet a sur la tranche deux petites lumières rouges en permanence allumées et, sur le plat, une lumière blanche qui s’allume et qui s’efface, au rythme lent d’une respiration, ou pareil encore à celui du pinceau d’un phare. C’est bien d’ailleurs de cela qu’il s’agit, ces deux balises et ce feu tournant, pareils à des amers dans la nuit de la communication électronique. »

Non, il ne s’agit pas d’un billet de blog, mais d'un extrait de livre écrit sous forme de journal. Ceux qui voudraient en savoir davantage peuvent suivre ce lien.

23 mars 2007

Divers wharolismes...

Certains lecteurs de Groins&Nœuds ont pu se complaire dans le bonheur de lire les histoires de Gavrix. Je suis contrainte de les tirer de leur torpeur pour leur signifier que Groins&Nœuds est loin d’être un blog monocentré. En effet, Gavrix se plaît également à partager ses lectures avec son précieux lectorat.

Ainsi, j’émerge de la lecture d’un recueil d’entretiens (couvrant une période allant de 1962 à 1987) avec Andy Warhol publié chez Grasset. Ces entretiens s’avèrent passionnants car révélateurs de l’évolution du discours de l’artiste tout au long de sa carrière. Truffés de petites finesses, de contradictions, ils montrent un Andy Warhol jouant avec les médias, fuyant, manipulant et se défilant à loisir. Warhol enregistre fréquemment ces propres interviews et aime provoquer les journalistes.

Les séquences de déstabilisation sont drôlissimes : réponses monosyllabiques, contradictoires, absurdes. De son côté, Warhol ne répond pas aux provocations et ne cherche pas à imposer ses arguments. Je renvoie les passionnés d’histoire de l’art à l’analyse du début du livre. De mon côté, j’ai voulu piocher quelques citations pour vous offrir un aperçu de l’ambiance.

« … je pense que les gens qui viennent voir l’exposition la comprennent bien mieux. Ils n’ont pas besoin de penser. Ils se contentent de voir les choses et ils les comprennent facilement. Et je crois que les gens en arrivent au point où ils ne veulent plus penser, et c’est beaucoup plus facile. »

« Je préférerais rester un mystère, je n’ai jamais aimé évoquer mon passé et, de toute façon, je le transforme chaque fois qu’on m’interroge. Ce n’est pas que ça fasse partie de mon personnage de ne pas tout dire, mais j’oublie ce que j’ai dit la veille et je dois tout recommencer. »

« Si vous voulez tout savoir sur Andy Warhol, contentez-vous de regarder à la surface de mes peintures et de mes films et de ma personne, c’est là que je suis. Il n’y a rien derrière. »

« Quand je lis les magazines, je me contente des images et je ne lis généralement pas les textes. Les mots n’ont pas de sens, je perçois seulement leurs formes avec mes yeux et, d’ailleurs, je me suis rendu compte que si vous regardez quelque chose assez longtemps, toute signification disparaît ».

« Les interviews, c’est comme s’asseoir dans une de ces machines Ford à l’Exposition universelle qui vous baladent pendant qu’on vous sert un commentaire. J’ai toujours l’impression que mes paroles viennent de derrière mon dos, pas de moi. L’interviewer devrait juste me donner les paroles qu’il veut m’entendre dire, et je les répéterais après lui. »

« Si j’avais su que l’art était aussi simple, je m’y serais probablement mis, au lieu de faire de la publicité, mais j’aime la publicité. »


Citations extraites de "Andy Warhol Entretiens 1962/1987" édition établie par Kenneth Goldsmith, traduite et préfacée par Alain Cueff, Editions Grasset


1 févr. 2007

Homère vs mangas

Chers blogonautes, comme promis, Groins et nœuds vous transporte aujourd’hui dans le monde merveilleux d’Homère (l’idée de refaire un tour dans ses contrées m’a été inspirée par Wanted ... pavé! James Joyce ). Que le lecteur aguerri suive Gavrix sur ses pas et il redécouvrira un univers déjanté, loin des souvenirs que lui auront laissé ses lectures homériques d’enfance. Alors, Homère va-t-il revenir sur le devant de la scène et détrôner les mangas ?

Certes, vous ne verrez pas chez Homère à l’instar des mangas des personnages aux grands yeux écarquillés. Par contre vous y rencontrerez une brochette de supers héros à fleur de peau, à la vanité virile et au coup de javeline facile : Achille, Ulysse, Hector, Enée, Ajax …

Mais les hommes ne sont que des marionnettes aux mains de personnages plus redoutables. Dans une double lecture parallèle, les dieux leurs volent la vedette. Des dieux capricieux qui manipulent les destins des hommes, intervenant dans les batailles pour protéger leurs favoris, envoyant des présages inquiétants ou influençant les actions des hommes. Leurs festins sont abondants et leurs disputes tonitruantes. Parmi mes préférées figure celle où Athéna, qualifiée de « face de chouette », subit les foudres de Zeus son père pour avoir été indocile à ses mises en garde.

L’Iliade et l’Odyssée proposent des visions très épiques avec de longues narrations détaillées qui peuvent plaire aux fans de Tolkien. Dans l’Iliade, la scène qui précède la bataille initiale comprend la description de chaque peuplade participante, ainsi que de son meneur. Un univers de jeu vidéo, à la manière d’un Warkraft, bref on trouve chez Homère quelques atouts pour séduire un public jeune et branché.

Chaque scène est une scène d’action, employée à guerroyer, à sacrifier aux dieux, à se quereller. Le style est resté moderne, notamment dans l’évocation de la violence. A la fin du Chant IV, au début de la bataille devant Troie, chaque paragraphe détaille un duel à issue fatale pour l’un des protagonistes. Les évocations des blessures infligées impressionnent par leur cruauté. C’est un festival d’yeux arrachés, de langues coupées et de corps embrochés qui est offert généreusement au lecteur.

Mais loin de moi l’idée d’horrifier le lecteur. L’Iliade et l’Odysée offrent un cocktail détonnant d’émotions, de combats et d’aventure, équivalent d’un bon jeu vidéo ou d’un manga. (Que les passionnés ne s’offusquent pas de ces paroles). Avis aux intéressés!


Quelques liens autour des thèmes mentionnés: Manga sanctuary, Homère, Tolkien, Warcraft

21 janv. 2007

Wanted ... pavé! James Joyce

Gavrix refait une apparition après s'être extirpée de recherches laborieuses sur le droit de citation sur un blog (rappelez-vous que Gavrix vous avait promis de partager facétieusement des extraits de ses lectures). Il semblerait que s’il n’y pas trop de danger à citer des œuvres littéraires « tombées » (cruellement ?) dans le domaine public, les choses se corsent dès qu’il s’agit de productions littéraires récentes.


Mais… paraît-il, sommes-nous toutefois autorisés à reproduire de courtes citations, pourvu qu’elles s’inscrivent dans une seconde œuvre originale qui doit elle-même, je cite, avoir « un caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information »… Ce qui est bien sûr le cas de « groins, nœuds et jeu de dés » (je vous laisse déterminer le caractère de ce billet). Pour plus de détail, vous pouvez parcourir le billet dont est extraite cette citation ou aller sur le site droitdunet.fr.


Mon billet d’aujourd’hui concerne un auteur qui devrait bientôt tomber dans le domaine public. Cet auteur a eu le mérite d’avoir écrit un pavé, qui dépasse les 1000 pages. Ne faisons pas durer le suspense, il s’agit d’Ulysse de James Joyce.


Inutile de parler des innovations stylistiques de l’écrivain ni de la parution initiale controversée du roman. Ulysse est l’une de ces œuvres littéraires qui s’est simplement distinguée de la masse en offrant au lecteur de la nouveauté. Que lui a-t-il été demandé en échange ? Braver le défi des mots et oser s’attaquer à un pavé.


J’ai découvert Ulysse après que des personnes attentionnées m’aient parlé d’un roman difficile d’accès, parfois incompréhensible et incohérent. Rien d’étonnant à ce que j’ai eu abandonné ma première lecture à la vingtième page. Ce n’est que plus tard que j'ai compris que cette apparente inaccessibilité n’existait que pour cacher un édifice ludique et divertissant.


Par le plus grand des hasards, les pages d’Ulysse se sont ouvertes sur une citation contenant le mot « groin », quel signe du destin ! Je vous la livre ici (à titre d’information bien sûr) :


« Stephen Dedalus observait à travers les toiles d’araignées de la fenêtre les doigts du lapidaire qui éprouvaient le métal d’une chaîne oxydée. Couche de poussière sur les vitres, sur les planches de la devanture. Doigts gris de poussière avec des ongles de rapace. Poussière somnolant sur les torsades de bronze et d’argent, les losanges de cinabre, les rubis, pierres lépreuses et rouge vin.

Tout cela né dans la nuit grouillante de la terre, étincelles congelées, feux maléfiques des ténèbres. Là les archanges déchus jetèrent les étoiles de leurs fronts. Des mains, groins fangeux, qui fouissent et fouissent, les agrippent et les extirpent. »

James Joyce, Ulysse, Editions Gallimard .



Enfin, pour rebondir, voici le lien vers la fondation Martin Bodmer en Suisse qui réunit des manuscrits et éditions originales d’œuvres constitutives de l’humanité depuis la nuit des temps. Y figure un exemplaire de l’édition originale de Ulysses, publiée en 1922 à Paris par Shakespeare&Co.


Attention! Si vous avez aperçu un pavé intéressant, merci de me communiquer son signalement.


A bientôt, Gavrix