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17 juin 2007

Soyez rassurés avec ces nouvelles publicités!

Cher lectorat, Gavrix s’est dit qu’un petit grommellement s’imposait. Une fois de plus, visionnant en toute innocence sa petite lucarne, Gavrix tomba par hasard sur deux œuvres de l’artisanat publicitaire dont il fallait absolument parler dans Groins et Noeuds.

Cette fois-ci, nos annonceurs, aidés de leurs publicitaires, se sont attaqués à deux thèmes fondamentaux de l’existence humaine. Il s’agit de la vie et de la mort, ou plus précisément de la naissance et du décès.

Commençons par le décès avec la dernière campagne pour le contrat prévoyance Gan (visible à cette adresse ). Gavrix regardait les réclames défiler quand débuta un charmant film d'animation avec musique enjouée, couleurs débordantes, cercueils, fusées et avions. Au bout d’un moment Gavrix comprit qu’il ne s’agissait pas d’une œuvre de fiction pour enfants mais bien d’une publicité pour un contrat de prévoyance (en clair, une assurance décès) qui montrait comment un pauvre monsieur qui n’a pas pu suffisamment profiter de la vie a pu garantir le financement de l’éducation de ses enfants après son décès. On se demande d’ailleurs s’il n’a pas arrangé son décès, tellement tout le monde semble content de l’issue de l’histoire.

Après écoute attentive, on s’aperçoit que le décès n'est pas arrangé :

« Je suis mort ce matin ! » (Tiens, cette réplique me rappelle thanatorama)
« Ca, c’était pas prévu… » Ahhh, nous voilà rassurés!!! Parce que Gavrix commençait à croire que c’était la nouvelle solution pour assurer la subsistance de sa famille dans ce monde cruel. Sincèrement, on félicite les concepteurs de la campagne d’avoir trouvé un moyen de dédramatiser le décès. Mais cela ne change rien au fait qu’un décès est dramatique.

Enfin, le consommateur est rassuré et c’est l’essentiel.

Ensuite, encore sous le coup de l’émotion, Gavrix tombe sur une nouvelle merveille de la réclame où l’on voit quantité de génitrices épanouies à travers le monde s’acheminer vers l’hôpital afin de donner la vie à de merveilleux bambins hilares. Mais pourquoi rient-ils ? Médecins, infirmières et parents semblent étonnés. (Nous aussi, il comprendra plus tard ce qui l’attend.) Puis superbe conclusion : « Vous allez aimer l’avenir, nous y croyons. Mieux, nous y travaillons. »



Vous allez aimer l'avenir - PUB SUEZ
envoyé par mado88


C’est merveilleux et poétique, on se croirait au cinéma. Effectivement John Seale, oscar de la meilleure photographie pour « Le patient anglais » y a collaboré. La musique de « Little Miss Sunshine » a été ajoutée. On voit que l’annonceur s’est donné les moyens.

N’est il pas formidable qu’un grand spécialiste de marchés publics et de grands chantiers utilise la matière humaine comme matériau de base pour la construction de sa communication (remarquez, Groins et nœuds en a déjà parlé )? L’univers typiquement masculin de Suez est ici marié à l’univers féminin de la parturition, pour donner une impressionnante vision du développement durable. Le mariage peut en déranger certains, mais, après tout, la musique est jolie. Et puis la vision de Suez en sauveur de l’humanité est lyrique, voilà qui est rassurant.

Ce qui rassure est bien. Le chaland aime les messages rassurants. La vie est belle ! Et si on prenait un nouveau crédit

PS: Groins et Noeuds est conscient que le décryptage de publicités françaises peut ne pas intéresser le lectorat canadien, belge ou suisse. Gavrix vous invite chaleureusement à soumettre à grommellements les publicités de vos pays. Si matière à grommellement il y a, Gavrix en parlera!

Ils en parlent:
Les assureurs peuvent-ils parler de tout?
Pub Gan Assurance prévoyance
Vous allez aimer la pub!

8 juin 2007

Talents à la pelle?

Ces derniers temps, il semblerait que les concours de talents pullulent sur Internet. Au gré des nouvelles inventions des sites initiateurs de concours, des hordes de jeunes gens créatifs se précipitent sur les défis qui leur sont proposés dans le but de proclamer leur génie au monde entier.

Prenons l’exemple des trois derniers concours ayant récemment attiré l’attention de Gavrix. Wat The Fuck (vous ne rêvez pas, c’est bien le titre du concours) cible les musiciens en herbe et propose de gagner un contrat avec la maison de production EMI. Du côté de Blogauteurs et la maison d’édition Plon, il s’agit de dénicher le futur écrivain à succès chez les blogueurs. Pas de contrat à la clé chez Blog Bang, mais la possibilité de devenir célèbre en tant que créatif publicitaire en concevant la publicité d’inauguration de «la plateforme publicitaire qui donne la liberté aux internautes de s’exprimer et de créer des messages publicitaires sur les marques qu’ils aiment». (Je ne sais pas vous, mais j’ai toujours rêvé d’une telle plateforme).

Les slogans sont aguicheurs, les animateurs se veulent convaincants. Sur WAT on nous annonce ainsi «La plus grande opération de détection de talents de toute l’histoire du Net». Sur Blog Bang, on est plus direct : «Be Famous, Make Money» (imaginez, le gagnant du premier concours remportera un MacBook Pro 17’’, le début de la fortune). Et, bien sûr, les sites affichent une ambiance groove, jeune, branchée, tentant de redonner du glamour à des industries sclérosées.

Sincèrement, quel sentiment génèrent ses concours?

L’impression d’observer une industrie en crise qui ne fait plus rêver, ne crée plus, mais ne veut pas pour autant céder le pouvoir à l’artiste. Mais, dans le message envoyé par le biais des concours, les rôles sont inversés. Les créatifs apparaissent comme demandeurs et les diverses maisons de production comme les pourvoyeurs bénis de contrats. Le message peut également donner le sentiment d’une dépréciation des talents sous l’effet volume. En effet, les talents abondent, à tel point qu’il suffit de lancer des concours pour cueillir des jeunes créatifs soi-disant naïfs et affamés.

Tout ceci occulte l’aspect de la création qui réside toujours et avant tout dans le travail et la durée. C’est cet aspect qui assigne une valeur marchande à la prestation du créatif que les maisons de production s’efforcent d’oublier. Ici, les talents se découvrent, gratuitement, tels des champignons ayant poussé après la pluie. Dans la vraie vie, un jeune qui est parvenu au stade de la maquette/tapuscrit a déjà longuement travaillé pour trouver sa voie artistique, définir son style et achever sa première œuvre. En réalité la part de talent est souvent moindre que celle du travail.

Et que se passe-t-il du côté des jeunes concurrents créatifs?

A la différence d’une prospection traditionnelle (envoi de maquettes, de tapuscrits, de books) qui respecte la relation bilatérale entre le créatif et le producteur, les concours projettent l’artiste dans la masse de ses semblables et annihilent toute individualisation. Pas de rapport privilégié avec l’interlocuteur, pas d’appréciation absolue sur les qualités de l’œuvre… Les concours favorisent la comparaison et les appréciations relatives. Pour un artiste se sentant par nature unique, cette plongée dans la masse peut déstabiliser.

Les intentions des initiateurs de concours apparaissent obscures. Certains cherchent à générer du trafic et des revenus publicitaires sur leur site. D’autres à créer un buzz médiatique… La plupart tentent de surfer sur la vague «vu sur MySpace» ou «vu sur Internet», pour éviter d’être dépassés par la montée de l’autopromotion artistique, mettant sérieusement en péril la suprématie des producteurs. Alors on plante des décors illusoires, on flatte l’ego et on empoche. Tiens, ça fait penser à la fête foraine dans Pinocchio…

Grommellements.

Photos par ordre d'apparition: é pá par antosousa, dig this! par Andreas Rheinhold, Shovel par Scott Foy toutes trois sous licence Creative Commons

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8 mai 2007

Mouches et peaux-rouges: Gavrix face aux délires des publicitares

En me baladant aujourd’hui, je me retrouve nez-à-papier avec une magnifique affiche, véritable délire publicitaire d’un stagiaire pubeux et obsessionnel. Cette vision m’ayant paralysé sur le moment, j’en reste bouche bée et ne manifeste aucune réaction perceptible, à part une surprise intérieure. Ai-je réellement vu ce que j’ai vu ?

Plus tard dans la journée, au gré d’une immersion fortuite dans la presse française, je revois cette fameuse publicité. Une créature ahurie me toise avec son œil aguicheur, sa splendide tignasse jaune paille et un magnifique tatouage représentant un vieux monsieur aux intentions troubles. A cet instant, je crois toujours qu’il s’agit d’une publicité pour une cure de désintoxication, un service d’escort-girls ou un service de psychiatrie. Jusqu’à ce que j’aperçoive le logo d’une franchise de coiffure connue. Des éléments de compréhension se mettent alors peu à peu en place dans mon esprit.

Le concepteur de l’affiche a manifestement souhaité offrir une métaphore visuelle sur le thème « Franck Provost, je l’ai dans la peau ». Cette interprétation maladroite et très directe du brief créatif suscite comme un malaise chez les consommateurs passifs que nous sommes. L’effet tatouage de camionneur sur délicate épaule dénudée fait frissonner. Un coup d’œil au slogan « coiffeur officiel des femmes » met en marche mon imagination débridée. J’imagine Franck Provost avec un fer chauffé à blanc, marquant de pauvres femmes alignées en rang, qui chassent les mouches à coup de chevelure. « Marquage officiel de bétail ». Puis, je l’entends susurrer des incantations à l’oreille des victimes assommées : « Tu n’iras point voir Jacques (Dessange) ou Jean-Louis (David). Désormais tu m’appartiens. »

A propos de mouches, il semblerait que l'invasion provienne de l'agence créative, puisqu’on se demande laquelle d’entre elles a piqué non seulement le stagiaire, mais aussi le directeur artistique, le graphiste et le client. Soupirs….

Sinon, continuant mon incursion ponctuelle dans le monde des médias, je zappote tranquillement lorsque je tombe sur les Guignols de l’info sur Canal+. Apparaît à la fin du générique, un mini-spot de Keljob.com, site de recherche d’emploi et sponsor du programme. L’ayant vu d’un œil distrait, je vais m’efforcer d’en résumer la substance, sachant qu’il était question de profiter du thème de l’élection présidentielle et de l’usage possible du mot candidat. La description. Des figurines humanoïdes représentant des candidats à l’embauche se détachent en ombres chinoises sur un fond vert. Une à une, elles sont rabattues telles des cibles d’un stand de tir. L’avant dernière préfère s’enfuir avant de d'être éliminée, laissant la dernière figurine triomphante représentant certainement le candidat retenu pour un job potentiel. L’ensemble étant chapeauté par un iroquois, logo de Keljob.com.

Ai beaucoup apprécié cette vision guerrière de la sélection à distance. Je dis bravo et me demande combien a exigé Tarantino pour concevoir ce chef d'oeuvre de l'animation. Cette violence ironique sied à merveille à un portail de l’emploi.

A bientôt pour de nouveaux grommellements.

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25 févr. 2007

César et grommellements

Hier soir eut lieu la traditionnelle cérémonie de remise des César, consacrant en France les meilleurs films et artistes du cinéma pour l’année qui vient de s’écouler. Etant donné qu’un sacrifice humain était nécessaire pour visionner cette cérémonie, Gavrix s’y colla avec tout l’enthousiasme du reporter blogueur (installé confortablement devant le petit écran), afin de vous relater l’ambiance qui régnait lors de ces réjouissances cinématographiques.

Pour commencer, Canal nous proposa des interviews préliminaires de célébrités cueillies sauvagement à la sortie du tapis rouge. Nous eûmes donc droit à des acteurs masquant maladroitement leur appréhension, derrière des airs de décontraction condescendante (tels Jean Dupotager et Jamel Defiente). Gavrix aurait préféré écouter ces entretiens passionnants en voix-off et savourer pendant ce temps les arrivées des stars. Apparemment, certains chanceux parvenaient à fuir astucieusement les caméras de Canal et rejoindre la salle sans essuyer les questions farceuses de l’interviewer.

Une fois installés, nos saltimbanques offrirent leurs mines déconfites aux caméramans intermittents du spectacle, que la production avait placés aux endroits stratégiques afin de rembourser aux acteurs leur contraventions (et oui, sacré Dany Toon, quel sketch hilarant). Les mines starifiées exhibaient donc leur joie de vivre, manifestement contents de faire partie du spectacle. Une Valérie Lequincailler anormalement anorexique fut chargée de présenter la soirée. Gavrix appréciât d’ailleurs sa prestation courageuse, notamment lorsqu’elle exécuta merveilleusement la chorégraphie de Rabbi Jacob. Quelle dévotion, quel professionnalisme, bravo Valérie !

Pendant que nos professionnels du divertissement dépressifs comptaient les minutes qui les séparaient de la fin, Jude Rule, lui, ne perdait pas une miette du spectacle. En effet, le milieu du cinéma français avait décidé de le consacrer cette année pour l’ensemble de sa carrière (honneur nécessaire apparemment car Gavrix ignorait que Jude avait tourné dans plus de 30 films déjà).

Quelle surprise de le voir ensuite déclamer son discours en français très correct. Apercevant les visages désorientés de l’assemblée, il se sentit obligé d’annoncer que ses parents habitaient en France. Et cette chère Valérie qui s’était amusée à faire des gags avec le prénom de Jude ! A la fin du discours, Jude ne manqua pas de nous féliciter pour notre culture et nos « vins de la vallée de la Loire », ce dont nous lui avons été reconnaissants.

Mais alors que je commençais à m’endormir devant ma télé, un gentil monsieur vint dérider toute la salle en exécutant des gestes ambigus sur la statuette qu’il venait de recevoir pour le César du Meilleur film étranger. Nos saltimbanques ayant saisi toute la finesse du geste, rirent abondamment et nous montrèrent enfin qu’ils étaient bien présents depuis le début, attentifs à tout ce qui se passait dans la salle.

A ce stade, je pleurais d’émotion face à tant de conscience artistique et de saine gaîté venant de personnes sensibles et passionnées. Ils étaient tellement impatients de connaître le lauréat du César du Meilleur Film, que la production décida d’accélérer le processus. Les célébrités convoquées pour annoncer les gagnants enchaînèrent désormais deux César au lieu d’un.

Finalement, Groins et nœuds apprit que principalement cinq films furent projetés dans les salles françaises durant l’année (Lady Chatterley, Ne le dis à personne, Les indigènes, Cœurs et Quand j’étais chanteur). C’est donc le mouchoir trempé de larmes que je compris que je n’avais rien compris à la grandeur du cinéma français.

Gavrix espère avoir traduit fidèlement l'atmosphère de cette soirée. Quant aux résultats, je vous renvoie au site officiel. Si je devais décerner le César du meilleur remerciement, il serait pour la lauréate du César du meilleur costume. Une intervention toute laconique, qui avait le mérite d’être modeste : elle remerciait simplement les personnes qui avaient travaillé avec elle sur les costumes, et non pas, comme certains, leur arrière grand-père et le mari de leur coiffeuse qui avaient éveillé en eux leur vocation artistique.

Enfin, je me permets de décerner mon César personnel au meilleur film de l’année : « Enfermés dehors » d’Albert Dupontel.

Grommellements.
Gavrix

28 janv. 2007

Le sens du partage par les publicitaires

Une fois n’est pas coutume, nous allons naviguer sur les flots périlleux du commerce. Ou plutôt de la réclame. Car il faut l’admettre, aujourd’hui les créatifs les plus talentueux se mettent au service des publicitaires pour aboutir parfois à de véritables œuvres. Il suffit de mentionner le spot récent d’Orange, mettant en scène des nageurs barbotant dans l’eau parmi les fleurs au son d’une musique féerique. (Si vous connaissez le nom du réalisateur, je vous serai reconnaissante de le partager).

Dans ce qui suit, il ne s'agit pas de talent, mais de maladresse.
Notre héros est un grand groupe de construction français, qui a lancé un charmant spot publicitaire à la fin de l’année 2006. Ce film met en scène un groupe béat de cadres et d’employés dynamiques qui se précipitent pour prendre place dans des pyramides humaines qui s’érigent pour finalement former un viaduc. Le slogan final prône vaguement un partage.

Il est tout à fait amusant d’observer un sacrifice humain, dont la mise en scène fait penser aux grands chantiers pharaoniques, pour décrire l’humanité du groupe. On ose enfin affirmer que l’homme est devenu une matière première basique, non différenciée et interchangeable. Ces scènes m’ont également fait penser à une colonie de fourmis, telles qu’on les voit dans les reportages animaliers : fourmis ouvrières formant un pont vivant pour laisser passer les fourmis guerrières ainsi que les nourrices transportant la progéniture. C’est un très beau tableau de la société humaine qui nous a été offert.